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De [très] belles acquisitions en 2015

Tablier bigouden, vers 1830 – Don des Amis du musée

La politique d’enrichissement des collections doit permettre de compléter les manques actuels dans la perspective d’un nouveau parcours muséographique. Acquisitions, dons, collecte ou dépôts…  répondent à ces critères objectifs : combler une insuffisance de la collection et entrer dans le cadre du projet du musée.

Depuis la refonte des collections permanentes entre 2007 et 2009, un mouvement régulier de dons est enregistré, principalement dans le domaine textile. Ces dons témoignent, d’une part, d’une reconnaissance du travail effectué par l’équipe du musée et d’autre part d’un attachement fort des donateurs au patrimoine.

La collection textile est la priorité du musée. Le récolement du fonds textile réalisé en 2007‐2008 en apporte une vision claire. Si le musée possède l’une des plus belles collections de costumes traditionnels bigoudens, le fonds demeure incomplet. Le démontage de la salle consacrée aux costumes traditionnels en 2007 a mis fin à 52 années d’exposition pour une large part de la collection textile. L’intégralité du fonds textile a donc souffert des effets conjugués de l’humidité et de l’exposition à la lumière. Ainsi, certaines pièces trop longtemps exposées sont à présent vouées à rester en réserves. Les exigences de conservation des fonds textiles obligent à changer régulièrement les pièces exposées afin de les préserver d’une trop longue exposition à la lumière. Le musée se trouve ainsi régulièrement confronté aux insuffisances de ses collections. Le marché du costume traditionnel atteint désormais des niveaux inégalés, souvent hors de portée de nos moyens actuels.

Ainsi, le musée ne possède pas ou peu de pièces « très anciennes » de la première moitié du XIXe siècle. D’autres manques tiennent aux conditions de collecte des collections. De nombreux gilets anciens ont été découpés, soit par les familles donatrices, soit par le musée à l’époque de sa création. Seules les parties brodées (plastrons, éléments de manches ou de jupes) étaient conservées.

Le musée manque également de pièces récentes. Les dernières modes portées par les Bigoudènes des années 1950 à aujourd’hui sont peu représentées. Ainsi, les coiffes portées à partir des années 1940 sont quasiment absentes de nos collections.

Enfin, le Pays bigouden ne comprend pas une mode mais des modes bigoudènes. Les deux « enclaves » vestimentaires de Kerity et Sainte Marine – Ile Tudy sont très faiblement représentées dans les collections du musée, de même que les modes singulières du nord du pays. Enfin, les collections du musée comptent peu d’éléments témoignant des modes hybrides des territoires voisins du Cap Sizun ou du Pays Glazik.

 

Plusieurs propositions d’acquisition font suite aux recherches menées par le musée pour l’exposition temporaire Bigoudène, so chic ! Mode citadine, mode paysanne, influences croisées 1850 – 1910, de juin à novembre 2013.

En 2013, à la lumière des recherches du musée, toute une mode parisienne à la bretonne s’était dessinée. La redécouverte de cette vogue, insoupçonnée tant par les institutions muséales que par les collectionneurs, a permis de redonner sens à de nombreuses pièces issues de collections publiques mais aussi privées, comme celle-ci.

 

[Gilet masculin citadin, années 1860]

Gilet citadin, vers 1860 – don des Amis du musée

L’ornementation bigoudène des années 1850 est ici brodée sur un exceptionnel veston de coupe citadine, mais de forme assez singulière. Les détails montrent une broderie relativement « primitive », brodée à la laine, sur bandes à bords dentelés. Ce détail renvoie aux premières pièces connues que sont les paletots produits par la maison brestoise Levy dès 1862. De par le traitement de la broderie, ce gilet fait partie d’un ensemble de quatre autres pièces déjà répertoriées par le Musée lors de son exposition « Bigoudène So Chic ! » et que l’on retrouve dans notre catalogue pages 52 et 53. La broderie commercialisée probablement en bandes a été montée ici de manière bien maladroite.

 

Gilet citadin, vers 1860/70 – don

[Veston masculin citadin, années 1860/70]

Ce veston de coupe citadine possède une broderie bigoudène des années 1870, ce qui avec le gilet précédent, en ferait une des pièces les plus anciennes connues de cette mode. Ces vestons se distinguent des gilets paysans notamment par les coupes, couleurs et tissus employés. Le traitement particulier de broderie relève d’un ensemble de quelques pièces également répertoriées par le musée.

Au fil des découvertes de pièces brodées, les ateliers de broderie se profilent sans que, pour le moment, le musée ne soit en capacité de les nommer.

Le musée ne possédait aucun gilet citadin brodé à la mode bigoudène relatif à ces périodes.

 

[Gilet masculin citadin, années 1870]

Gilet citadin, vers 1870 – don

L’ornementation bigoudène des années 1870 est ici brodée sur un veston de coupe citadine. Ces vestons se distinguent des gilets paysans notamment par les couleurs et tissus employés ainsi que par le montage du dos, les gilets paysans bigoudens ne comportant jamais de martingale. De même, les poches paysannes, sont toujours passepoilées et ne comportent pas d’ornements.

L’analyse de la broderie démontre une grande connaissance et maîtrise de la technique, sans pour autant de fidélité aux codes paysans, à savoir les quatre rangées de broderie notamment.

 

Veste bleue citadine, vers 1870/80 – don des Amis du musée

[Veste masculine ( ?), années 1870/80]

Cette large veste est à rapprocher d’une pièce similaire exposée en 2013 au musée, pièce dont nous ne connaissions aucun équivalent. Ces détails témoignent donc d’une fabrication en série, dans un atelier bigouden comme le prouve la qualité technique du carré d’angle et non plus d’un modèle isolé, de provenance plus incertaine. En effet, cette veste rouge est conservée par les descendants de la Maison de Broderie Pichavant – de Pont-l’Abbé -, active dans les modes paysannes et citadines dès 1869.

 

[Paire de chaussures brodées, années 1880/90]

Paire de chaussures brodées, vers 1880 – don d’une amie du musée

Cette paire de chaussures brodées témoigne de l’engouement pour cette mode citadine bretonne. La filiation avec les chaussons brodés de mariées des paysannes de la première moitié du XIXe siècle est directe. Ces chaussures reprennent cependant le vocabulaire esthétique des plastrons paysans en s’affranchissant de la structure traditionnelle en rangées. La broderie est très qualitative et le motif utilisé est celui employé fréquemment par l’atelier pont-l’abbiste de broderie Pichavant.

Le musée avait obtenu l’entrée dans ses collections d’une première paire de chaussures issue de cette mode en 2013. Celle-ci était néanmoins postérieure et brodée assez grossièrement.

 

Ensemble de petit garçon, vers 1870/80 – don des Amis du musée

[Ensemble de petit garçon, années 1870/80]

Cet ensemble citadin de petit garçon ne relève probablement pas du vêtement mais plutôt du « travestissement », vêtement que l’on pourrait également qualifier de « déguisement » mais qui disait aussi toute la richesse de son propriétaire.

Au regard de la gravure de la revue Le magasin des demoiselles, datée de 1859-1860, la technique de broderie invite à une datation un peu postérieure, probablement 1870/80.  Elle mélange les techniques bigoudènes et douarnenistes. Qu’ils soient vêtements ou « déguisements », ces habits du XIXe siècle témoignent de la participation active des brodeurs bigoudens et bas bretons à l’épopée française de la mode.

 

[Veste de travestissement, années 1880/1890]

Veste masculine de travestissement, vers1880/90 – don

Cette veste citadine à l’ornementation métissée, issue de différentes modes sud-cornouaillaises et de coupe plus douarneniste, utilise formellement le motif bigouden pour ses motifs principaux. Le type d’ornement ainsi que la technique ramènent cette pièce aux dernières décennies du XIXe siècle.

Le musée bigouden ne possède pas de pièce relative à ces « travestissements » d’influence sud-cornouaillaise.

Des périodes les plus anciennes, jusqu’à nos jours, toute une série de dons, majoritairement, complète pertinemment les collections textiles issues du vestiaire « paysan ».

 

Gilet paysan bigouden, début XIXè – don d’une pont-l’abbiste

[Gilet masculin bigouden, début XIXe]

Ce gilet n’est autre que la plus ancienne pièce connue du vestiaire bigouden. Il était porté sous plusieurs vestes courtes. Sur une tresse de laine rouge, la broderie structurée en quatre rangées exprime ses influences Louis XV et Empire. Le fil de laine dessine des motifs encore très libres. La couleur bleue du drap est courante pour les pièces antérieures à 1860.

Ce gilet nous a été prêté exceptionnellement en 2014 pour l’exposition « L’invention du pays Bigouden, les découvreurs, 1800-1884 ».

 

[Tablier bigouden, années 1820/30]

Tablier bigouden, vers 1830 – don des Amis du musée

Ce tablier est exceptionnel par son ancienneté et son ornementation. Les ouvertures de poches – qui elles-mêmes devaient se trouver dans la jupe – ont été abandonnées dès les années 1840/50 et remplacées par un simple rectangle brodé, symbolisant l’ancien emplacement de celles-ci. Un très beau travail de broderie à motif de chaîne de vie ainsi qu’un travail à l’aiguille finissent cette ouverture. Le petit rectangle brodé à la taille, à motifs déjà relativement primitifs, recouvre une broderie plus ancienne, brodée à même le tissu.

Nous avions connaissance de deux tabliers du même type dans une collection particulière mais il ne nous a jamais été possible de les emprunter à des fins d’étude ni d’exposition.

Le musée ne possédait, à de très rares exceptions, d’élément relatifs à cette période relativement ancienne pour du textile paysan.

 

Jupe bigoudène quotidienne, première partie du XIXè – don

[Jupe quotidienne bigoudène, années 1830/50]

Ces jupes certainement conservées grâce au fin plissage qui les caractérise  sont pourtant des jupes quotidiennes. De fait, elles ne se retrouvent que très rarement représentées. Elles apparaissent néanmoins clairement sur les désormais célèbres planches de François Hippolyte Lalaisse.

[FH Lalaisse, 1843 et 1844]

 

Gilet paysan bigouden, vers 1860/70 – don

[Gilet masculin, années 1860/70]

Ce très beau gilet paysan est symptomatique des années 1860/70.  Les motifs de broderie se dessinent clairement et se fixent. Les bandes sont encore peu développées.

Le musée ne possède que trois gilets équivalents mais présentés pendant des décennies au musée, ils ne peuvent plus être exposés.

 

Coiffe bigoudène, vers1860/70 – don d’une amie du musée

[Coiffe bigoudène, années 1860/70]

Cette pièce a été prêtée par la donatrice pour l’exposition temporaire 2014 « Les découvreurs du Pays bigouden » afin de pallier au manque d’éléments datant de cette période dans les collections du musée.

La coiffe est caractéristique des années 1860. La broderie s’est déployée sur toute la visagière. Elle est réalisée grâce à la technique des jours à fils tirés, symptomatique de cette période.

 

[Tablier, années 1920]

Tablier bigouden de cérémonie, vers 1920 – don

L’empiècement en pointe à la taille est la caractéristique principale des tabliers bigoudens au XXe siècle.

Ce tablier en velours, ornementé à la cannetille et au fil d’or est caractéristique des années 1920/1925 mais ni la technique, ni les motifs ne sont eux, spécifiques.  Là encore, les bigoudènes utilisent les matériaux et répertoires ornementaux de leur temps.

La pièce a souffert de l’humidité ; cette altération n’est cependant visible qu’au revers du tablier.

Le musée ne possèdait aucun tablier de ce genre.

 

Dessus de table brodé, vers 1920/30 – don d’un ami du musée

[Coussin brodé par Pierre Baudry, anciennement tapis de table, 70 cm de diamètre, années 1920/30]

Autant les broderies bigoudènes sont célèbres autant les brodeurs restent aujourd’hui encore pour la plupart inconnus.

Pierre Baudry devant son atelier, vers 1920 – coll. part.

Pour son exposition [im]permanente au printemps dernier, le musée a mené des recherches afin de retrouver des pièces brodées dont les brodeurs ou ateliers étaient attestés. Grâce à quelques familles pont-l’abbistes, cinq pièces ont pu être exposées avec leurs cartels afférents mentionnant le brodeur.  C’est lors de ces recherches que ce coussin a été proposé en don par l’une des familles.

Le musée souhaite poursuivre cette étude pour, à terme, être capable de rattacher les styles et techniques de broderies à des ateliers ou à des brodeurs.

Cette pièce, brodée par Pierre Baudry et proposé en don par son petit-fils, est l’un des rares jalons permettant un début d’analyse. Pierre Baudry (1892 – 1937) était tailleur-brodeur, fils, neveu et petit-fils de tailleurs. Il prend la suite de l’atelier de Noël Garo, Grand-Rue à Pont-l’Abbé (aujourd’hui rue Jean-Jacques Rousseau), où il tient boutique.

 

Gilet bigouden de mariage, 1943, Plogastel-Saint-Germain – don

[Gilet bigouden de Corentine Le Coant, née Vigouroux à Plogastel en 1910, vêtement de mariage, 1943]

Cet ensemble de mariage perlé daté de 1943 et provenant de Plogastel-Saint-Germain, est particulièrement intéressant et atypique. En premier lieu le matériau : les vêtements perlés le sont très rarement sur satin mais également sa couleur bleue.

Ces costumes perlés sont invariablement noirs, mis à part dans le nord du Pays bigouden, où il était d’usage dès les années 1920 de se marier en costume bigouden, mais blanc. A la suite de leur mariage, les femmes pouvaient les teindre. Le nord du pays est plus perméable aux influences de la ville, d’où cette couleur bleue nuit, absolument étonnante, à moins qu’il ne s’agisse d’une teinture postérieure au mariage. La couleur reste néanmoins singulière.

L’ornementation à la perle est très fréquente mais témoigne ici des motifs plus habituels en pays de Quimper.

Le gilet est en bon état, le tablier dans un état de fragilité relativement important et la jupe très lacunaire. Pour autant, cela reste un témoignage étonnant et important de la variabilité des modes et de la singularité de ces vêtements de mariage. Un diadème complète l’ensemble.

 

Ensemble brodé, années 1940, Mathilde Savina, Saint-Guénolé Penmarc’h – achat

[Ensemble brodé, années 1940, Mathilde Savina (1921-2012), Chez Vich (salle de bal, commerce épicerie), Saint-Guénolé Penmarc’h,]

Cet ensemble brodé : gilet, jupe et tablier, est exceptionnel par sa richesse et sa facture. Il témoigne pourtant d’un vêtement dont les codes sociaux sont tombés en désuétude puisque cette femme (1921-2012) n’a porté la coiffe que quelques années entre ses 18 et 20 ans par amusement pour tenir le commerce familial. Elle habitait Saint-Guénolé Penmarc’h.

Le gilet de la génération antérieure, peu brodé, a été complètement « relooké » par l’un des derniers brodeurs encore en activité à la fin des années 1930. Étant donné le type de broderie ajoutées, il pourrait s’agir de Laouïg Jégou ou tout au moins de l’atelier pont-l’abbiste Pichavant.

La jupe est également symptomatique de cette période. La broderie ne s’étale plus sur toute la partie arrière, seules deux bandes – préalablement brodées – ont été ajoutées en haut et en bas.

Malgré quelques tâches, le tablier est de très belle facture. Il est celui de toutes les dernières mariées en vêtement traditionnel mais n’a pourtant jamais été porté à cet effet.

 

Costume réalisé par la maison Le Minor en 1943 pour le cercle celtique de Bannalec – don

[Ensemble brodé de l’Aven par l’atelier Le Minor, années 1940]

Le musée Bigouden a particulièrement bien accueilli cette proposition puisque ces pièces témoignent de cette période de basculement entre le vêtement et le costume, moment largement documenté par les recherches menées l’année passée pour l’exposition temporaire « Sommes-nous folkloriques ? ».

Cet ensemble a été créé et réalisé par la Maison pont-labbiste Le Minor en 1943 pour Renée Le Gall, danseuse au cercle celtique de Bannalec au moment de la seconde Guerre Mondiale.

Les coupes sont relativement fidèles aux pièces issues du vestiaire paysan, en revanche l’ornementation relève d’une vision totalement folklorisante. Il est très intéressant de constater que le savoir-faire des costumes folkloriques à cette période semble se concentrer chez Madame Le Minor. Elle a probablement tirée cette importante notoriété du savoir-faire mis en œuvre dans la réalisation de ses célèbres poupées.

Le musée possède un fonds modeste de costumes de ce genre acquis en 1964 lors de la succession de Alain Nicolas, « folkloriste » penmarc’hais, lot composé de très belles pièces anciennes mais aussi d’éléments plus discutables, reconstitués dans les années 1920/30.

 

[Marion Le Bris, dans les années 1930]

Le mouvement de dons a été important cette année puisqu’il est complété par des ensembles perlés, des lots de coiffes et d’habits quotidiens, des bonnets d’enfants, des bonnets de femmes… A noter également le vestiaire appartenant à Marion Le Bris (1909-2005), la dernière repasseuse de coiffes à Pont-l’Abbé. Elle avait commencé à repasser vers 1950, au moment où son mari est tombé malade et arrêta en 1996. Elle officiait rue des Morts.

Que l’ensemble de ces personnes soit ici vivement remercié et tout particulièrement l’association des Amis du musée !